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Nicolas de Stael

LE VERTIGE DE VIVRE

« Le chant du monde et sa couleur se font au prix d’un autre qui s’éteint. »
Patrick Guyon, La Note grise, Jeanne Teillet, éd. in octavo, 2002

I

P

resque tous tant que nous sommes à la course, la sueur nous presse. La preuve ruisselle à ravir les seins, l’ultime caresse entrouvre les cuisses. Mais le terme s’impose-t-il, nous vomissons sa rigidité, son horreur. Le mot même qui le désigne, entre nos lèvres, à la fin

S’efface. Comme le chien, pour une fois détaché, que nous chassons d’un cri, à pleine main, le terme aussi rentre sous terre ou bien il brûle et, sous le ciel, il se disperse. Sa seule syllabe attente à nos oreilles. Elle expire ? Elle éclate : un coup de gong !

La charogne borne la vue, qu’on la chasse ! Chacun aiguise ses dents, traverse la foudre à marche forcée ; l’éclair le prend à la renverse. Le monde a-t-il un sens ? Qui l’a croqué et fait sous lui ?

 

 

 

Que pointe le néant, le souffle s’étrangle, le tourbillon s’efface, l’immortalité se défait.