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Monotype de Florence Crinquand, 2002

L’épuisement

L

a ville était la proie des plantes et toutes les couleurs brûlaient. La sueur, patinée noire au fond de moi, devant des espaces vierges, s’évanouissait. Je n’étais plus un abîme en perdition ni quelque proie à la varape. Le Temps se faisait pierre. Rien pourtant ne figeait mon passage. À l’arrêt, sans arrière ni départ possible, l’échec bruissait mieux qu’un cristal. Même la mort retenait son souffle.

Il n’était pas un individu en cette ville. Les plantes : aucun mot, nul désir ne les affleurait. Des miroirs seuls s’abattaient les uns après les autres. L’enfance en poussière, toutes les cibles tremblaient. Je me perdais sans rémission. Mon corps ameutait aveuglément sa déflagration, comme si un tournesol pouvait se jeter dans les étoiles. Un secret déluge aspirait l’éternité goutte à goutte.

[Repris de Manque à vivre, rêve autrefois récurrent retravaillé]