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Caspar David Friedrich
Table
des poèmes
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UNE GÉNÉRATION POUR QUOI ?
n a couru l’enfance, on a conquis la parole et son corps. On
a croisé la haine aveugle et démêlé l’angoisse.
On a humé les passions de la terre, des bourgeons qui ruissellent
aux puanteurs miraculeuses de l’automne. On a rêvé,
la montée de la honte oscillant sur le cœur, de seins, de
hanches et d’étreintes. Pour la révélation
du foudroyant frisson, qui n’a crié sans voix ? On a
blessé par maladresse et par bravade. On a tenu des partenaires ;
le rythme s’entêtait. On les a fait rouler entre les doigts.
On les a traversées sans retour. La stupeur faite plaisir, la drague
drogue, on découvrait le jour, un art de vivre au fond des ventres.
On a pleuré d’exaltation. On s’est trouvé hissé,
et rejeté. On a piétiné son saoul. On s’est
parfois mêlé à de sinistres meutes : pour un mirage
de fortune, pour l’insolence d’être un homme politique.
On s’est souvent singé soi-même. Et l’on observe
inquiet encore, le désir tentaculaire, l’avenir. Pourtant
qu’importe ? Perdurer deux, trois, quatre décennies
avant le râle, si cela se peut, tant mieux ; le mal, autant
le savourer. Mais déjà la mort cerne le gué. Que
reste-t-il à connaître ? Quelle patience à empiler
des lentilles ? Le bonheur surgira-t-il vers quel sommet ? Où
saisir le vertige de s’accepter enfin ? Où l’équilibre
entre l’espoir, le mépris, le silence et les étouffements ?
Qu’entre donc un visage haut porté, les cuisses patinées
de tendresse sur le sexe-océan. Déjà les seins
scintillent et saillent, bottes de jonquilles. Les bras pulsent leur vérité
par tous les pores de la peau. Les sentiments suffoquent. Dieu cassé,
la société compissée ! Ce siècle se sera-t-il
offert une génération pour rien ?
Pierre Perrin, Le Temps gagné, 1988
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