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ertains
soirs d’hiver, après l’école, il
arrivait qu’un garçon prît d’assaut
un pont de grange. C’était aussitôt un
ralliement, sans aucun mot d’ordre, mais des cris surgissaient
de l’ombre et des trilles se multipliaient. Soudain
l’on explorait à pleins doigts des cavernes impubères,
on pinçait, on enserrait les fesses chaudes comme des
pains, d’où jaillissaient quelquefois de purs
jus sous le nez. Les culottes fumaient, les gamines disaient
non, haletantes, tendues, puis cédaient aux poignets
en tenaille, aux bouches qui chargeaient les lèvres
dans un ballet sans fin. Les seins novices fascinaient, leur
galbe de neige frémissante, la si douce insolence des
groseilles que les filles prêtaient à téter.
Et l’on rêvait de mâcher et de pousser la
langue plus loin qu’une bonde. Aucune perversion ; la
révélation seule. Aux râles parfois succédaient
des soupirs qui se fondaient dans la nuit, juste avant qu’un
adulte, avec un hurlement de busard, ne renvoie tout le monde
à la maison. Au matin, la mémoire lessivée,
nul ne reparlait de ces fantaisies. C’était rare
mais tellement bon ces parfums de violettes, ces arômes
de noix, ces douceurs de vierges qui bêlaient à
quatre pattes sous les étoiles. Par cœur, elles
ouvraient les cuisses comme un oiseau le bec. Belles, elles
attiraient, puis elles rejetaient comme elles avaient pris,
d’un souffle, d’une raillerie, d’un silence
définitif.
Pierre
Perrin, La Vie crépusculaire, Cheyne
éditeur, 1996
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