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LES PENDUS AVANT L’AUBE [1971]
atin de soleil maigre, à vouloir aussitôt battre son
briquet, mais il n’est plus personne. Dans le vent, il n’y
a guère qu’un cours lent de la pluie.
Où sont passées douceurs et
amitiés d’hier ? La solitude pèse trop à
ces paupières, comme papillons de mai, de cette gorge sèche
à ce front serré.
La vie ensemble, néanmoins, nous
l’avions rêvée d’un côté de lumière
ainsi qu’un parc avec une maison grandeur étoile, où
chacun se fût montré au milieu de vraies flammes.
L’espace entier, notre absolue possession,
sans penser à la mort, les prouesses d’une vie pure l’eussent
remis à mieux et à mesure que se prendrait le souffle.
Cependant, vous, dont j’ai croisé
la vie, disais-je, et les amours, ce ne fut jamais que d’un seul
doigt libre — les neuf autres crispés à desserrer
l’étreinte.
Mais il y avait de l’amitié
dans la lumière. Il faisait bon parler à fleur de jeu. Nous
étions moins “absents” que d’habitude. Dans les
rires, il ne fallait pas vraiment donner sa vie.
Maintenant, elle vient dans le froid de
la chambre et nous étonne d’être là, nous qui
nous étions dit « bonsoir » avec des mots
de pendus avant l’aube.
[in Pleine Marge,
repris dans Manque à vivre,
épuisé]
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