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a pasteurisation commence où s’achève la théorie, à peine pensable aujourd’hui, de la génération spontanée. L’étonnant est que le savant ait pulvérisé celle-ci dans son laboratoire, sans en tirer jamais la moindre conséquence dans les domaines de la grâce et de la foi. Il s’en tient aux faits. Il traite de même les animaux malades et il combat la rage. Les vaccins se suivent ; leur efficacité conquiert le monde. Le grand homme meurt en 1895. Sa famille décline l’offre de l’inhumer au Panthéon. Il repose dans son institut.

Ce scientifique à la notoriété tôt acquise n’a, semble-t-il, pas eu le goût de parler avec Courbet. Le pinceau n’avait donc rien à dire à l’éprouvette. La région n’est pas grande, ses géants peu nombreux. Or Courbet fréquentait à Salins, où il se rendait plusieurs fois l’an, deux Max, le sculpteur Claudet, le poète Buchon. Et il n’aura jamais poussé la porte de la tannerie sur la Cuisance, à quinze kilomètres de chez ses amis. Deux contemporains parmi les plus auréolés de leur terre natale, il est vrai politiquement aux antipodes, se seront donc ignorés leur vie durant. C’est aussi cela, le sel de la région. L’inconcevable a ses raisons ; ces raisons ne surprennent personne. Il semble que l’œcuménisme retienne peu l’attention. L’histoire aurait-elle façonné l’habitant à la résistance, l’aurait-elle cuirassé presque de naissance ?

Car enfin si Courbet incarnait le rebrousse-poil né, que son action fanfaronne et sa peinture choquaient — mais non, il ne méritait pas un regard du savant. Chacun sa charge et son silence. Étrange frontière entre deux esprits. La fermentation, c’est une pourriture. À dose prescrite, elle sauve la vie. En d’autres cas, la cancoillote, le vin jaune, elle accède à une autre noblesse, celles des papilles à la ronde. Le réalisme était une autre pourriture, pour ceux qui ne voulaient pas voir. Celle-ci pourtant révélait une vigueur, une santé sans pareille. L’œuvre est en effet aux quatre coins de la terre, rançon du succès.

Pierre Perrin, Franche-Comté, 1999