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© Florence Crinquand
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ue j’écrive, inspiré de je ne sais où :
le sot seul se sent saisi, d’emblée j’insulte le lecteur. Donc
je me dessaisis de toi, quand je cherche un abouchement presque jusqu’à
l’os. Dépassons le malentendu. Quoique le risque persiste
entre tes cils je le vois bien, lecteur conciliant , j’accède
à ce que je voulais sans doute dire de la mort : que le
sot seul se sente saisi. Mais aussitôt force est de me rétracter, sauf à
verser dans le ridicule. Car je n’en sais rien, faute d’expérience.
Comment se fier à une telle giclée d’être recueillie
dans ces mots, qui sifflent ?
L’exemple est sec, certes. Cependant
il indique assez l’imposture de celui qui prétend détenir
une vérité. Même la mesure de nos sommets varie. Le
langage est de convention, d’extrapolation et de manipulation. L’écriture
en appelle à la raison, c’est sa force ; mais pour ce faire,
elle exige une foi tacite. Faute d’une certitude originelle, rien
ne tient que par agrégats. Aussi l’éradication de
certains mots – et par défaut les ricanements de quelques
sectaires devant l’âme, l’éternité –, ces mots mouvants malgré
qu’on en ait, n’appartient pas à la recherche de l’exactitude.
L’héliocentrisme de Pythagore
à Aristarque de Samos perdu, près de deux millénaires
plus tard, Copernic, Galilée, Kepler ont imposé leurs découvertes.
Pourtant quel Français ne répète aujourd’hui
sans sourciller que le soleil se lève
et se couche
? L’image prévaut. La science n’efface pas la foi que
trahit le langage. L’homme reste donc cet animal qui sait parfois
et se tait, mais parle tant qu’il s’écoute rarement.
L’écrivain, pour habiter le monde, loge, comme l’escargot,
sous sa coque de mots. Comme c’est du seul intérieur qu’il
lui faut briller, la prudence est son alliée, la trahison sa conjuration
journalière.
Pierre Perrin, note sur l’écriture
[inédite]
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