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Gravure : vœux 2002

© Florence Crinquand

Q

ue j’écrive, inspiré de je ne sais où : le sot seul se sent saisi, d’emblée j’insulte le lecteur. Donc je me dessaisis de toi, quand je cherche un abouchement presque jusqu’à l’os. Dépassons le malentendu. Quoique le risque persiste entre tes cils – je le vois bien, lecteur conciliant –, j’accède à ce que je voulais sans doute dire de la mort : que le sot seul se sente saisi. Mais aussitôt force est de me rétracter, sauf à verser dans le ridicule. Car je n’en sais rien, faute d’expérience. Comment se fier à une telle giclée d’être recueillie dans ces mots, qui sifflent ?

L’exemple est sec, certes. Cependant il indique assez l’imposture de celui qui prétend détenir une vérité. Même la mesure de nos sommets varie. Le langage est de convention, d’extrapolation et de manipulation. L’écriture en appelle à la raison, c’est sa force ; mais pour ce faire, elle exige une foi tacite. Faute d’une certitude originelle, rien ne tient que par agrégats. Aussi l’éradication de certains mots – et par défaut les ricanements de quelques sectaires devant l’âme, l’éternité –, ces mots mouvants malgré qu’on en ait, n’appartient pas à la recherche de l’exactitude.

L’héliocentrisme de Pythagore à Aristarque de Samos perdu, près de deux millénaires plus tard, Copernic, Galilée, Kepler ont imposé leurs découvertes. Pourtant quel Français ne répète aujourd’hui sans sourciller que le soleil se lève et se couche ? L’image prévaut. La science n’efface pas la foi que trahit le langage. L’homme reste donc cet animal qui sait parfois et se tait, mais parle tant qu’il s’écoute rarement. L’écrivain, pour habiter le monde, loge, comme l’escargot, sous sa coque de mots. Comme c’est du seul intérieur qu’il lui faut briller, la prudence est son alliée, la trahison sa conjuration journalière.

Pierre Perrin, note sur l’écriture [inédite]