La médiatictature en boucle

Les poèmes de Pierre Perrin

T

out est sondage en France, quand même les sondés restent rares à se faire connaître. Ils l’ont été, si rares, tout particulièrement durant la guerre qu’a menée Israël contre la Palestine et le Liban, cet été 2006. Cette absence — on croirait une caricature ; il n’en est rien ; même en vacances, chacun l’a vu — est la contradiction qui confirme la règle. Lorsqu’en effet le tout-médiatique français a choisi son camp, tout lui est bon. Comme en ce cas, un sondage de l’opinion française aurait à coup sûr condamné le massacre…

Tout est sondage en France ; et l’élection présidentielle, un terrain de haut vol. Le budget annuel de l’Élysée, trois millions d’euros à la sortie de Mitterand, le sera de trente [millions] à celle de Chirac. On ferme des postes, notamment dans l’Éducation, on fait piétiner une jeunesse au chômage, au prétexte d’une réduction du train de l’État. Hypocrites gouvernants, gouvernez hypocritement : trop de journaleux ont trop de savoir vivre pour s’en offusquer un tant soit peu. Ne profiteraient-ils jamais de quelques largesses ?

Tout est sondage en France, et l’arène est dessinée par ces sondages. La reine, pour l’instant, rassemble ses moutons roses. On la donnait en tête dans son parti. Question : si force professeurs ont déjà voté pour elle, ils poussent loin, ils pourrissent l’esprit de sacrifice. Il faut être bon, mais con : non ! Allègre a cassé du prof durant trois ans, en toute impunité. Il a d’emblée réduit de plus de vingt pour cent le tarif des heures supplémentaires. La loi sur les 35 heures a financièrement pénalisé la profession. Durant les cinq ans de Jospin, de la cagnotte, les professeurs ont en effet vu défiler les ‘années blanches’ de Sapin [ministre de la fonction publique]. Quand les autres gagnaient du temps libre, les professeurs n’ont vu que s’éroder leur pouvoir d’achat, tandis que leurs conditions de travail s’agravaient encore et toujours.

Tout est sondage en France, et la reine des sondages peut prêcher les 35 heures au collège, ses chers professeurs ne lui feront pas défaut. Ils enseignent l’autonomie de la pensée, croient-ils. Qui ne croirait plutôt que le bourrage de crâne leur est consubstantiel ? Car, après tout, la grande majorité syndicale se situant à gauche, l’expérience — comme si le bon sens n’avait pas suffi — a montré la descente au coma de ces syndicats devenus gouvernementaux. Le pire est donc que les sondages ne seraient rien, si le mal n’était plus profond, indéracinable. [Ce billet est peut-être le premier et le dernier d’une série d’humeur…]

Pierre Perrin, 26 février 2007

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