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arce que la faute est une denrée
périmée, à tout le moins banalisée,
il nest peut-être pas inutile den proposer
quelques-unes, en toute innocence, à la sagacité
des amateurs. Le barbarisme deviendrait-il la règle
de nos élites policées ? Il est vrai quun
certain mammouthistrion [de lÉducation
nationale], au tournant du siècle, avait approfondi
lornière. La moitié de ses relatives étaient
allègrement fautives ou peu sen faut.
Le 6 janvier 2008, Isabelle Duriez écrit à propos de Barack Obama, dans Libération : « Sans lui, l’Amérique ne chercherait pas un réconciliateur, voir même un rédempteur. » Outre le pléonasme ignoré, l’absence du e final, qui distingue l’adverbe du verbe, laisse sans voix. On ne peut plus lire un article, où que ce soit, sans faute. — Je cesse donc là mes stigmates, sans lendemain.
Au 3 décembre 2007, voici un exergue proposé par le journal Le Monde pour un Faire part : « Nous avons crée notre tribue...par amour », qui encourage assurément la création…
En page quatre et dernière du Bulletin de la Société des Gens de Lettres n° 24, Christiane Baroche évoque avec fougue « la passion déraisonnable qui nous enflammait jadis, nousôtres jeunes filles »… Quel feu froid ! — Et Assouline, sur son blog [16 juillet 2007], en questionnant le combat pour le maintien de la langue française, précise bien sûr « si ce combat-là ne paraît pas trop passéiste, réactionnaire, rétrograde, inutile et dépassé à nos contemporains ». Les Bobos n’ont qu’à bêler : Amen.
Lundi 25 juin, l'épreuve de français pour le brevet des collèges est assortie d'une proposition de corrigé national. Celle-ci recommande l'accord suivant : « ils se sont doutés que… » Corrigé national sur un sujet validé en dernier ressort par un recteur et un inspecteur général de l'Éducation nationale ! Or le verbe ‘se douter’ est recensé, par Grevisse, parmi les « pronominaux subjectifs, non réfléchis ; le pronom conjoint, censément préfixé ou agglutiné, est comme incorporé au verbe et ne joue aucun rôle de complément d'objet. Ce pronom ne doit pas, dans l'analyse, être distingué de la forme verbale » [§ 601 de l'édition Hatier, 1964]. Se douter n'est pas se tuer. On attend donc des élèves, depuis la capitale, qu'ils fassent la faute avec le S pour obtenir le point !
En avril, une certaine Aprile de l'université de Tours publie un réquisitoire contre le candidat Sarkozy. On lit par exemple, à deux pages d'intervalle : « il laisse à croire — quoiqu'on pense — car en effet… » Cette professeure ignore donc le verbe accroire [faire croire à tort], ne voit pas de différence entre la locution pronominale indéfinie (en deux mots) ‘quoi qu'on pense’, c'est-à-dire une possibilité vaste et la conjonction de subordination utilisée pour la concession. Son ânerie (‘malgré qu'on pense’, paix soit aux ânes !) est donc encore pire que le ‘car en effet’ zitronien… qui la suit. Belle qualité pour le CVUH !
Vendredi 6 avril, sur France-Inter, une phrase parmi les premières du journal de 7 h 30 commence ainsi : « Sur ces photos, on y voit des policiers… » Journal lu avec application, comme il se doit. Le pléonasme du Y qui répète le “sur ces photos” devient de la sorte la règle, l’usage. L’embrouillamini radiophonique encense ainsi, ou peu s'en faut, feu la clarté de la pensée. — Le 30, au journal de 7 heures, J.-F. Aquili s'empêtrera : « […] le centre dont il a besoin… des voix », mais il ne l'avait peut-être pas écrit.
Samedi 3 mars, au journal de vingt
heures, sur France 2, Virginie Fichet explique dans
un reportage consacré à un éboulement
de terrain qui interdit laccès côté
français au tunnel du Mont-Blanc « quaucun
travaux de déblaiement na pu être
entrepris ce jour » ! Un reportage, pas du
direct !
Erik Emptaz, dans Le Canard enchaîné
du 28 février, signe un article en première
page qui privilègie la faute de goût : « Plus
les sondages sont bons, plus il sen grise. »
Ainsi, pour un parallélisme dopérette,
le canard sacrifie le meilleur qui simpose.
Dans lémission C
dans lair, jeudi 8 février 2007, un diagramme
compare des chiffres du secteur publique
et du secteur privé. Cette faute dans le
titre, en gros caractères, du document occupe assez
longuement, par deux fois, lécran. Aucun invité
ni le présentateur ne relève lincongruité
du mésaccord. Pensait-on à quelque raie
publique par nature et particulièrement dispendieuse ?
Sur Question déducation n° 2, une
publication ministérielle couvrant les mois de novembre-décembre
2006, on peut lire, page 8, quune évaluation
« attestera de leur conformité ».
Le ministère en charge de la langue, et sadressant
à ses professeurs, nest même pas fichu
de faire attester ses propagandes par du personnel en règle avec sa langue !
En arrière-plan dune
responsable de magasin déplorant linterdiction
douvrir, sur Angers, le dimanche de Noël, on pouvait
lire : « Toute léquipe de [
]
vous souhaitent de joyeuses fêtes. »
Pourrait-on invoquer lexcuse dune
sylle
pse ? Les compléments dobjet auront
fait fourcher
Où cela ? Cétait
sur France 2, lundi 4 décembre, vers 20 h 22.
Sur un site attaché à lenseignement,
tenu par des profs, on peut lire, le 4 décembre :
« En amont il sagit de repenser les options
de seconde pour y faire une place à cette orientation. »
Combien ce y, ringardement allègre, ajoute de
poids au propos ! [Le Café pédagogique : Que faire de la série
L]
Le manuel Nathan technique, pour les BTS, dépôt
légal avril 2006, définit ainsi lalinéa,
page 228 : « Lalinéa, comme le
paragraphe, est marqué par un retour à la ligne
qui crée un blanc typographique. [En cas de ligne inachevée,
sans doute ! Car si le livre va [ici] à la ligne,
on ne trouve pas un seul alinéa parmi ses 240 pages.
Et ça continue derechef :] Cest une portion
de texte très courte, parfois réduite à
une phrase. Il permet de mettre en relief une idée
ou daérer un texte. » Cette mégabourde
est signée de trois professeurs, pas moins !
Sous prétexte danticiper
le premier anniversaire des émeutes de novembre 2005,
Le Monde soffre la
belle langue des banlieues. « [
] Sur
ces blogs, on se présente comme des gangsta
(gangster) ou des bogoss (beaux gosses). Les amis
sont des couzin ou des potos (potes),
les ennemis, des bolos (victimes) ou des rageux.
Lécriture, difficile à déchiffrer,
est un mélange de verlan, dargot, avec utilisation
du langage SMS et une accumulation de fautes dorthographe.
Lé rumeur c ke votr ville pu la merde, votr cité
é tro moche é pu la défaite, vs vs fait
boloss (agresser) pr tro de villes (créteil, grigny-corbeil,
courcourone) et le 95 on vs bèz !, assène
ainsi un dénommé 95sisi dans un commentaire
sur le blog de deux jeunes des Pyramides, à Évry. »
Luc Bronner, in lédition du 11.10.06
Le
Canard enchaîné du mercredi 23 août
2006 relève, page cinq, que sur son site Internet la
DPE de Créteil accueille les stagiaires IUFM « dans
un français audacieux : Ce dossier, avec
les pièces demandées et la déclaration
sur lhonneur stipulant navoir jamais exercée
(sic) dans la fonction publique, doit être adressé
[etc.
]pour les stagiaires nayant jamais exercés
(sic) [
] Pour les stagiaires ayant précédemment
occupés (sic) un emploi [
] ».
Le 18 juin 2006, Canal + reprend
un spot apparemment officiel dans lequel une femme nue entre
sur un stade en courant, avant dêtre arrêtée.
Le texte suivant se donne alors à lire : « Des
centaines de femmes et de jeune fille
» Cest
contre la prostitution ; pour autant on se demande pourquoi
les femmes sont au pluriel et [des centaines de] jeune
fille au singulier, dans la même phrase.
Olivier Galzi, présentant le journal de France 2 en
remplacement dÉlise Lucet, vendredi 9 juin 2006
vers 13 heures 30, sest enthousiasmé à
lévocation de je ne sais quel joueur recevant
des « applaudissements géné
rals ».
Bien que ce fût là une faute de présentation,
orale, nul na bronché et surtout pas lui. Il
ne sest ni repris, ni excusé.
En accroche de Une, Le Monde du 2-3 avril 2006 écrit
: « Quand un ministre ou un élu donne des
informations à un journaliste, tout ses propos
ne sont pas destinés à être publiés. »
Le Monde, 15-16 janvier 2006 rapporte une interview
dun ministre palestinien. Une phrase de la traduction
dit ceci : « Ariel Sharon aura peu fait, peu
promis, mais énormément réalisé. »
[Saisi sur lincongruité de la pensée exprimée,
le médiateur du journal expliquera un peu plus de cinq
mois plus tard, dans une édition du 18-19 juin, quénormément
réalisé aurait dû être traduit
par beaucoup compris.]
On trouve sous la plume de Marion
Van Renterghem dans Le Monde daté du 2 juillet
2005 : « La jeune fille timide qui passe par là
sappelle Marie. Marie Modiano, fille de lécrivain
éponyme. » Voici un pléonasme, épinglé
par Roger Berthet, qui en dit long sur le brouillage de crâne.
Car si lécrivain daujourdhui ne peut
plus que donner son som
à sa fille, alors
la critique est définitivement morte.
Sur France 2, le lundi 7 février 2005, dans le cours
de lannonce des titres du vingt heures par David Pujadas,
cette judicieuse incrustation [banc-titre] : « les
vétos se font rare », ce dernier attribut
sans s. [Toutefois, ce type de négligence
se rapprochant de plus en plus, lénormité
devenue presque la règle, il faut garder raison :
la négligence nest pas de saison !]
Dans Le Monde (deuxième journal en Europe,
en terme dinfluence, alors crédité de
2,1 millions de lecteurs) en date du 28 mai 2004, Patrick
Roger rapporte que « M. Hollande souligne »
: dans linstant, voire même dans
la rétrospective
Que loral soit bancal,
soit ! Mais était-il indispensable de laisser
le pâteux pléonasme du voire même
(car voire veut déjà dire et
même) ? On attendrait la correction, sinon
de lamitié, du moins du journaliste, à
défaut des correcteurs. La véracité na-t-elle
pas ses limites ? [À l'attention des jeunes lecteurs : D'obédience socialiste, ce journal est tenu par nombre de ses abonnés pour l'incarnation de l'objectivité. C'est tout naturel !]
Sur France-Culture, lundi premier mars 2004, vers 7 h 17,
Véronique
Naoum-Grappe dans sa chronique (par conscience professionnelle
préparée, réfléchie, préméditée,
selon toute vraisemblance écrite) évoque «
lenfer
des autres auquel on a le sentiment de ne pouvoir rien
faire. » Que peut-on faire
à
lenfer ? La langue aura fourché. Car pour
lutter contre une possession de quelque ordre quelle
soit, le à nen peut mais
de
toute évidence.
Dans le n° 284 de LHistoire, février
2004, sous la plume de Sophie Desormes, agrégée
dhistoire, cette phrase à charge contre Marcel
Aymé : « Autre victime quil
emploie tout son talent à défendre :
Céline. » Cest page 21, deuxième
colonne, premier paragraphe. Passons outre la phrase sans
principale. Voilà deux compléments dobjet
direct (soulignés) de part et dautre de lunique
verbe conjugué, pour ne pas dire à la queue
leu leu. Quand même le premier, ainsi que me le fait
remarquer André Canessa [ce 12 octobre 2006], est le
cod au forceps antéposé de linfinitif
défendre, qui nentend quune telle phrase
singe, ou chimpanze au choix, loralité, bien
mal à propos ?
Dans le n° spécial du Nouvel Observateur
consacré à « la Pensée de
Marx » [octobre/novembre 2003], on lit ce bandeau-titre :
« Que les Staline, les Lénine ou les Trotski
[bizarre, chronologie] se soient livrés la guerre
entre eux [rebizarre, pléonasme] nait
nullement contradictoire avec la valorisation marxiste de
la violence, inévitable issue de la lutte des classes. »
[Cette phrase cumule les niaiseries, jusque dans ce quelle
veut exprimer. Car sil ny a pas de contradiction,
le combat des chefs implique une survalorisation de la lutte
totale. Lhistoire serait bien en peine de lattester.]
On lit dans Verrières, n° 8, une revue
publiée par le centre régional du livre de Franche-Comté
en juillet 2002, sous la direction de D. Bondu, cette phrase :
« Le livre de J.-C. Dubos met en lumière
les relations de Victor Hugo avec plusieurs comtois célèbres
parmi lesquels Charles Nodier, Louis Pasteur, Jules Grevy,
Charles Fourier qui tenta vainement de le rallier à
sa vision du monde, mais aussi Proudhon quil côtoya
comme député, ainsi que Max Buchon ou Gustave
courbet qui le soutenèrent lors de son exil. »
Que faisait la maquerelle, alors ! Cest page 137,
sur des deniers publics.
Dans lessai dYves Bonnefoy,
paru en 2002 au Mercure de France, Sous
lhorizon du langage [lire larticle], on
note que « tous les biens [
] ne comblerait
pas », page 63 ; on lit des néologismes
tels que « désignatif », page
116, et un « échaffaudement »,
page 137. Mais sans doute cela nest-il que peccadilles
à côté de cette phrase, page 59 :
« Et sil [Shakespeare] pouvait parler, et
penser, de cette façon, cest quil y a chez
lui, plus spontanément et plus profondément
que toute autre approche de la vie et de la personne, une
extrême aptitude à percevoir le rapport de cette
personne à soi et aux autres comme il existe à
niveau plus intérieur que les déterminations
par le milieu ou lhistoire, ou par les supposés
caractères innés qui conditionneraient les échanges,
en particulier quand ceux-ci mettent en rapport ou conflit
les sexes. » Ou cette autre, page 224 : « Identifier
cette composante dans Igitur en éclairera lintention
et permettra peut-être de mieux comprendre la sorte
de fiction qui y résiste à cette dernière. »
Louvrage coûte 23 euros.
« Au musée Raccolte Fragone de Gênes,
Le Réveil, une femme nue allongée, d’Eduardo
Rubino, sera recouverte d’un drap à travers duquel
il sera possible d’en explorer les formes. (N.D.L.R.) »
Le Figaro, 4 avril 2001 [page Culture]. Lénormité
dispense ici dun commentaire.
« J’aimais le mélange de furia et
de dévotion avec lequel Clara récupérait
sa part d’une vie commune qu’elle avait
sans doute tout fait pour que Malraux s’en lassât. »
François Nourrissier, À défaut de
génie, Folio/Gallimard, page 247, 2001.
On objectera que les plus grands ont laissé des fautes
que la patine du temps assimile à des grâces
de style. Sans doute. Rousseau, par exemple, a bien écrit
cette phrase : « Je me dis enfin : me
laisserai-je éternellement ballotter par les sophismes
des mieux-disants, dont je ne suis même pas sûr
que les opinions qu’ils prêchent et qu’ils
ont tant d’ardeur à faire adopter aux autres
soient bien les leurs à eux-mêmes. »
Mais ce nest pas lui qui la publiée. On
la trouve dans la troisième promenade des Rêveries
du promeneur solitaire. Cet ultime ouvrage, abandonné,
repris, est non seulement posthume ; il reste à
jamais inachevé.
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