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© Pierre Perrin
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’oubli reste inconcevable. Vercingétorix vaincu reste
plus vif que le premier historien de la Franche-Comté, Gollut
de Pesmes qui vécut de 1535 à 1595. Sa prose est pourtant
savoureuse qui confère à la Loue « une gueule
ravissante de louve » entre autres. Mais qui la lit encore ?
On ne lit pas assez non plus Jean-Baptiste Chassignet [lire quelques-uns de ses poèmes sur ce site], ce poète
à cheval sur les XVIe et XVIIe siècles. Il a donné
en 1594, à Besançon où il a vécu, Le
Mépris de la vie et consolation contre la mort. Quatre cent trente-quatre sonnets croisés
de quelques odes, prières et syndérèses nourrissent
une interrogation qui ne laisse personne en repos depuis Homère.
Quel est le sens de notre existence ? C’est ce vers quoi tu
me conduis sans doute à ton tour. Noble but, chère âme.
Cependant, sur le sol très catholique d’alors, il constate
déjà qu’à la différence des autres
animaux l’homme seul « préfère à
sa patrie [la terre] un long bannissement ». Il offre des vers
qu’on devrait tous relire : La vie est toutefois à l’ombrage semblable, Sa méditation tresse la verdeur, la saveur et la retenue
tout ensemble. On songe parfois à Ronsard aux approches de
la mort. Le Comtois n’en a pas la gloire, ni toujours la maîtrise.
L’injustice est toutefois partout, jusque dans l’exercice
de la postérité. Victor
Hugo est partout, ce fut sa façon d’être. Il
n’en est pas moins né, encore que par hasard, à
Besançon en 1802 d’un futur général d’Empire
et d’une mère éprise d’un autre général.
Ce dernier, conspirateur, sera fusillé en Douze. L’enfant
n’est pas seul poète. Toutefois remarqué dès
l’âge de quinze ans par l’Académie, il ne
cédera jamais à l’à quoi bon, jusqu’en
politique. Il reste la gloire de son siècle. Il meurt sept
ans après Courbet, dix ans avant Pasteur, tous deux ses cadets
de près de vingt ans. Royaliste sorti du rang, il est fait Pair
de France à quarante-trois ans. À ce sommet, il accomplit
sa propre révolution. Il avait déjà dénoncé
dans ses romans, son théâtre, sa poésie même,
la torture, les prisons, la peine de mort. Il avait donné,
à bouleverser, la mesure de la faim, du froid, du mépris,
des injustices sociales qui lui révulsaient l’âme.
Après le coup d’État du 2 décembre 1851,
il s’établit à Jersey puis à Guernesey.
Vingt ans d’exil sacrent le proscrit dont l’ombre, derrière
la devise Ego Hugo, se fait éblouissante. Des convictions
de toutes espèces assumées presque au quotidien font
de lui un boulimique de la vie. L’amour, innombrable, mais la
mort aussi rythment son existence. Après celle des parents,
de son premier fils à la naissance, il y eut, entre toutes,
celle de sa fille Léopoldine, noyée avec son mari à
dix-neuf ans, en 1843. L’écrivain a souffert. L’œuvre
a ses fondations de bonheur et de douleur mêlés. La quête
n’en lève pas moins la conquête d’un Progrès.
Avec un tel homme, l’invisible est à la portée de tous. Comment a-t-il fait ? À ses débuts tintent ses dons. II brille, il éblouit avec les Odes, les Ballades. Déjà le talent creuse l’Histoire. La mort l’habitera. Elle lui “dicte” le chef-d’œuvre des Contemplations. De l’exploration de la douleur à celle de l’infini, si l’homme est horreur, amas de cendres, il rutile, il avance et, avec lui, La Légende des Siècles, La fin de Satan, deux épopées, une réussite. L’Histoire invente ici l’avenir. Hugo, c’est le géant des métamorphoses. Il brasse tout, le bon grain, l’ivraie, dans la démesure des contrastes. Il ne l’ignorait pas qui a joué sa vie et son œuvre sur une toupie d’antithèses. Il reste le génie au bord de l’infini, qui recommence avec chacun. Pierre Perrin, Franche-Comté, 1999 |
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