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LES GESTES ABSENTS
l est des plaintes, ou plus sourdes, ou plus intarissables. Dans
la chambre voisine, à des distances inconnues, des gens perdent
l’étoile, leur raison d’être. Souvent, d’une
manière approchant la mienne, vous, les amis de l’heure infime,
allez et venez sans voix. Tant de gestes sont absents. Chacun se raccroche
à des choses. À cette maison qui, démesurément,
n’appartient plus à personne. Là, des meubles accumulés
depuis des ans. Ailleurs, un projet s’effondre, et l’amour
fuit. L’un s’assied, se sert un whisky comme au plus fort
de l’adolescence, machinalement « ouvre »
sa télé, reçoit sans attention que pour son visage.
La solitude monte comme une ciguë. Un corps s’agite dans la
tête. Il tombe ses habits noirs. Il s’offre dans un entrebaîllement.
Il s’agrandit à la demande, puissant, léger. Il oscille.
Il se brouille. Une sonnerie retentit. C’est une erreur ! Et
l’on se repose sans bruit, faussement oublieux. On se rencogne à
l’exactitude de la mort en marche.
[Poème de 1974 repris dans
Manque à vivre, recueil épuisé de 1985]
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