LA DÉDICACE DE PIERRE PERRIN POUR FRANCE INTER

A

toi, qui que tu sois, grand ou petit, clé ou serrure, en l’air, au sol, parmi les fleurs, entre quatre murs,/ à toi l’apatride ou l’irréductible du plus fier village du monde, toi le moderne ou qui te souviens d’Adam,/ à toi qui vas mourir sans le savoir, sans patrie, mais promis déjà à ces lieux sans contour et peut-être sans âme,/ à toi que je ne connaîtrai ni sur la terre, ni sur les mers, à toi qui ne parles pas et pourtant si bien écoutes,/ à toi debout, couchée, mal aimée, flamboyante, à toi la deux en un, dans tes sens et le sens que tu donnes à ta vie,/ à toi ce livre à deux mains peut-être gauches ; l’une a fait, haut en couleur, clic ; l’autre a couru le déclic d’écrire,/ à toi ces photos d’un lopin de France et ces pages caressées dans la lumière d’un galopin de partout,/ à toi cette franche contrée de Courbet à Pasteur en passant par Hugo, lui de passage, presque de partout,/ à toi cette attente et ces retenues, ces délices d’aimer les êtres et les choses, dans les neiges et sur les blés,/ à toi cette Franche-Comté, par le truchement de ce livre d’avant et d’après les heures tendres,/ à toi ce don de beauté que tes yeux et ton âme ensemble partagent déjà sur le seuil du bonheur.

Pierre Perrin [4 avril 2000]