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on enfant, ma douceur, mon miracle,
toi qui rues dans les rues et ta chambre – je t’appelle,
tu ne m’entends pas – toi, qui t’étourdis
de musiques de sots, sur des ergots de colère, comme
tu fais claquer la tendresse !
Mon tant aimé, parfois mon unique raison
de continuer à vivre, tu tournes le dos, souverain, à ce
qui entrave ton plaisir ; tu t’enflammes pour des cabanes au
fond des bois recluses ; déjà courbé
sur tes secrets, dis, que deviens-tu ?
Une querelle idiote avec de vraies armes,
comme en construisent les nations, te dépècera-t-elle au
fond de quelque impasse ? Toute une compagnie te fondra-t-elle dessus,
ou un distrait obus tombant par là ? Ça fera plus d’effet,
tu sais, qu’un bonhomme de neige assis sur une taupinière.
J’ai peur pour toi. Tu comprends la
bande la plus forte, la justice moins fiable que la météo.
L’amour s’aigrit, son lait caillé ; et l’attente
met entre parenthèses, pour serrer, serrer...
Mon fils qui te lances sur tes rails, tu emmagasines
peut-être des cauchemars et, avec rage parfois, tu nages entre la
simplicité de ce qui devrait advenir et la reptilité des
actes des hommes, ô mon infime géant qui nourris mon amour.
Tu t’échappes, c’est l’âge !
Tu t’enfonces toujours plus sur tes sentiers, avant de revenir où
je suis resté. Tu refuses la douleur ; puis tu la laisses
s’installer. Tu apprends comment te coudre les lèvres ;
tu verras, le meilleur, c’est le poing au fond de la gorge. Et tu
renifles l’enclos, le pacage, ce qu’instille la vie, ce drôle
d’alambic !
Que pourrai-je pour toi ? Je t’ai
lancé comme sur des skis. La piste est tracée mais indéchiffrable.
Prends garde aux troncs qui t’écartèleraient. Passe
les tremplins. Garde-moi ton rire. Demeurons encore un peu ensemble. Le
jour venu, je céderai la place ; je me coucherai pour le bonheur
de te savoir rester debout.
Pierre
Perrin, La Vie crépusculaire,
Cheyne éditeur, 1996
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