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rebelle, le courbet sans courbettes, s’est retrouvé
cul nu. Il reste un caractère, un nez, un géant
dont aujourd’hui nul n’a fait le tour. Là
est son génie.
Gustave paraît à Ornans
le 10 juin 1819. Les études que le père voudrait
de droit, le fils les voue à l’art. À
Paris, ses vingt ans ont faim de chefs-d’œuvre.
Il étudie surtout dans les couloirs du Louvre. On l’a
cru lourd. C’était sa faribole. Il est tout le
contraire d’un rustre. Il expose un premier autoportrait
au salon de 1844. Le pas de la peinture est franchi, il n’est
pas pour autant gagné. Des refus s’ensuivent.
L’audacieux tient tête. Il se rend en Hollande
où il vénère Holbein. Il impose enfin
l’admiration avec L’Après-dînée
à Ornans au salon de 1849. À l’idéalisme
en vogue, il oppose son réalisme. Courbet révèle
aux parisiens l’arrière-pays, le sien, avec des
“trognes” d’une vivacité à
faire peur. Nez d’aigle ou pourri de raisin. Les mains
surtout trahissent la pauvreté. L’outil lâché,
les doigts en crochètent encore le manche. L’Enterrement
à Ornans, deux ans plus tard, suscite le tollé.
Trop de véracité appelle le vitriol. Les journaux
lui en donnent à cur joie. Le peintre alors rencontre
Proudhon, à égalité de notoriété.
Il fixe l’avenir, lui aussi. Le peintre n’en garde
pas moins les pieds au sol. Il conquiert pour son compte les
futurs États-Unis d’Europe chers à Victor
Hugo. Il orchestre sa renommée, jusqu’à
ce qu’emporté en 1871 par la démolition
de la colonne Vendôme il se retrouve enfermé,
condamné, acculé à la ruine. En juillet
1873, il s’exile à La Tour de Peiltz, près
de Vevey, en Suisse où il meurt le 31 décembre
1877, hydropique, épuisé, à 58 ans. Son
père est venu lui rendre visite, la veille.
Que reste-t-il de lui ? L’inutile
est devenu irremplaçable.
On a tellement écrit sur son art. Certains ont vanté
ses ciels, chauffé jusque dans leur sein ses neiges
et leurs traces de sang, pour mieux les révoquer parfois.
D’autres ont exploré la pâte de ses nus.
L’Origine du monde attentait à l’hypocrisie.
Imagine le tableau à l’Institut. Pourtant la
révolution change un ordre pour un autre. C’est
en cela que l’offrande appartient à l’art.
Avec Courbet, partout sinon la lutte, la poigne à l’uvre.
Il n’y a pas chez lui de touches anodines ; même
les retenues sont tentaculaires. Sa lucidité foncière
a tout embrassé. Il n’est pas certain qu’on
mesure l’ampleur de sa vision du monde. Quand l’usage
est de cultiver le compromis à grande échelle,
lui récuse toute échappatoire. La parution de
sa Correspondance, dans la version étendue qu’en
a donnée Petra ten-Doesschate Chu, chez Flammarion
en 1996, permet à l’amateur — toi et moi
— de rendre à l’artiste une part de sa
vérité. L’intelligence, la grandeur, l’opiniâtreté
éclatent sur tant de pages. Un mystère demeure
pourtant. Cet ogre subtil a peint des femmes dont on devine
presque le souffle, et on ne lui connaît aucun amour.
Il écrit à l’une : « J’aime
toujours de plus en plus les dames […] j’aime
toujours à les embrasser, leur dire des choses qui
leur plaisent ce qui n’est pas grand mal. Il me semble
qu’à cette heure [1873] on pourrait me confier
une hospitalière. » Le trait d’humour,
ici heureux, tempère la relative désolation
du pécheur sans remords.
En 1947, sa ville natale a enfin consacré un musée
à sa mémoire. Julien Gracq qui, sur la Loue,
l’a visité note, dans un bref paragraphe, «
la pénombre des pièces, pareille à celle
d’une paupière baissée sur les secrets
d’un drame de famille ». L’uvre est
en effet aux quatre coins de la terre, rançon du succès.
Pierre
Perrin, Franche-Comté, 1999
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