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Ornans le matin, par
Gustave Courbet
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nfants,
le dimanche, nous rôdions un peu partout, et parfois assez loin.
Nous visitions, en toutes saisons, les grottes, tout à l’espoir
de surprendre un renard, un blaireau, qui parfois détalait entre
nos jambes, quand, au détour d’un sentier, se découvrit
un jour, un peu plus bas dans la vallée, longtemps cachée
de nous par un bosquet, une grande bâtisse abandonnée. Toutes
les portes au large, un pan de toit crevé sur la grange ;
du foin, de la paille moisis ; l’écurie, pas plus grande
qu’une cuisine, révélait des râteliers presque
à ras du sol. Plus tard, à questionner prudemment les vieux,
nous sûmes que c’était, sur le village voisin, une
bergerie pratiquement abandonnée. Pourtant, au fil de nos découvertes,
nous avions trouvé, une échelle aussitôt dressée,
au-dessus de l’écurie, sans une porte qui ouvrît dans
la grange, une pièce dont les murs et ce qu’il restait de
plâtre entre les lattes du plafond étaient couverts de peintures
vives, d’animaux, de forêt, et de femmes nues près
d’une source. Courbet s’était, paraît-il, réfugié
là quelque temps, jadis. J’aimai soudain cette pièce
étroite où, sur le mur du fond, de la neige étincelait
entre des sapins noirs ; ailleurs des corps plus clairs que de la paille
s’abandonnaient sur de la mousse. À la porte qui donnait
dans le vide, sur la vallée, lui aussi avait accédé
par une échelle qu’il devait tirer derrière lui et,
quand il s’éloignait, il la rangeait peut-être dans
le foin. Quel modèle, dans la débâcle, l’avait
parfois rejoint ; quels amis avaient sifflé de loin entre les moutons
? Plusieurs fois je retournai seul contempler les fresques, les puissantes
esquisses vieilles d’au moins quatre-vingts ans, beaucoup abîmées.
Puis j’ai oublié ce trésor que nul n’a préservé.
La maison est en ruines ; de la pièce il ne reste rien. La gloire
n’a pas sauvé un hiver de Courbet.
Le
Cri retenu, éditions du Cherche Midi, 2001
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