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ÉMILE
as
beau, peut-être, un peu boulot, avec un pied bot, Émile
excelle en tout. Levé à six heures, été
comme hiver, il attend le coucher de ses hirondelles. On l’appelle,
il donne la main. Il coupe du bois, huit mois de l’année,
de quoi chauffer trois cathédrales.
Il a trait jusqu’à cinquante
vaches, avec un commis. Il a essayé toutes les races, sauf la
peau rouge ; introuvable, un indien. La casquette facétieuse,
les mains nouées sur le manche de fourche – une nuit sans
lune, la chasse fermée, il a dépecé un chevreuil.
Un juge en vacances, qu’il logeait, lui avait ramené ça
dans la grange et réveillé sans trop de précautions.
« Vous savez, moi non ». Il en tremble encore.
Sa femme l’horripile à courir
les cures de religion. Elle s’éclipse, il respire ;
aussitôt elle lui manque. Le meilleur de sa vie côtoie la
rivière où il faisait les nids de poules. C’était
une jeune, aux pommes à dorer ; d’autres fois des
restes, deux sachets de thé sur une soucoupe, il reviendrait.
Il ne revient plus, mon ami, pour personne.
Pierre
Perrin, Des jours de pleine terre
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